Théo : le geste la pensée

"La forme vient de l'intérieur", disait et répétait Rodin. Ainsi tenait-il à nous rappeler que l'esprit, autrement dit le souffle, devait préalablement l'habiter. Une oeuvre d'art ne vaut que par l'énergie qui la meut et le sentiment qui la fonde. En sculpture, cette règle d'or est à la base même de l'ouvrage, tant le travail de la matière exige de force et de concentration. La technique, pour incontournable qu'elle soit, n'est cependant que la colonne vertébrale de l'oeuvre. Il faut donner du nerf et du muscle à la chair. De la grâce à chaque mouvement. Originaire du Perche, le pays du frêne et du hêtre, Théo dont la racine grecque, Theos, nous renvoie au dieu créateur, est un homme exercé à la valeur des choses et au spectacle de la nature. Jamais il ne se lasse de contempler les arbres dont plusieurs de ses sculptures ont épousé l'aspect noueux. "Les gens du Perche connaissent tout ce qui Ses entoure" explique-t-il, "Ils ont tout appris de ta terre. Même étêté, un arbre reprend vie." Belle leçon d'endurance et de philosophie pour cet ancien fondeur qui travailla d'abord le
fer avant même de sculpter le bronze. On ne pratique pas un métier par le seul effet du hasard. Etre confronté à la flamme vous façonne le caractère. Les arts du feu sont faits pour les âmes bien trempées. Ils ne tolèrent aucune fausseté. Sculpteurs, maîtres verriers et céramistes le savent et le démontrent mieux que quiconque. Leur savoir est franc.

Soucieuse de vérité, l'écriture de Théo ne nous semble jamais figée. Elle exprime une tension - celle du geste et de l'âme - et se tient au coeur de la vie, n'ignorant rien des joies, des souffrances, des tragédies terrestres. C'est un cri porteur de lumière, un geste inspiré par l'amour et un ardent besoin de partage. Chacune de ses sculptures est ancrée dans la pâte humaine. Chacune d'elle exige que l'on en fasse le tour car une sculpture est faite pour être vue sous tous les angles. Les visages, les corps, les postures sont autant de prétextes pour exprimer ce que Théo ressent au fond de lui. Car la vieà ses yeux est un présent sacré dont chacun peut, à sa manière, exprimer la beauté : la danseuse de flamenco comme le pêcheur, cet homme du large, l'ouvrier rivé à sa tâche comme le robuste cheval de trait, le visage de l'abbé Pierre comme la femme enceinte de l'avenir du monde. Le Christ de Théo n'a plus même besoin de croix, son corps et ses bras ouverts forment la croix vivante de notre salut. Dans les oeuvres de Théo la bonté se cache sous la rugosité, la compassion se mêle à une virile rudesse pour exprimer la quintessence de l'Etre et sa quête effrénée de lumière

Luis PORQUET
Critique d'art

    Quel plaisir d'écrire ces quelques lignes à propos d'un sculpteur, de me consacrer à cet art que représente si parfaitement THEO et exalter son talent qui se contente simplement d'être expressif en animant si bien la matière, hors tout académisme trop léché ou contemporain agressif.

    Ce qui fait la force de THEO, c'est sa parfaite technique associée à un geste dynamique, néanmoins précis, et qui sait, s'il le faut, capter la ressemblance, mais exalte une formulation moderne dont l'impact laisse pantois et charmé.

    Sa touche de la matière pétrissable est tout bonnement étonnante de vie, tant l'artiste manie la cire, la terre et le plâtre avec une aisance quasi sensuelle qui obéit à ses secrets et à la magie de son imaginaire. Et pourtant, THEO tâta tout d'abord du fer forgé à Rouen, avant d'intégrer l'Ecole des Beaux Arts d'Angoulême et de s'affirmer en tant que plasticien chez le graveur-sculpteur Serge SANTUCCI, tout en devenant ainsi son propre mouleur.

    Suivent ainsi de nombreuses expositions récompensées de précieuses médailles attribuées à ses superbes travaux en bronze, de ciselure et de patine, au gré d'oeuvres vouées avec brio aux gestes de l'amour, à la noblesse des attitudes, au rituel des bustes captant aussi noblement les êtres que les animaux tout en s'adaptant à la manière si caractéristique de THEO.

André RUELLAN, critique d'art

    La personnalité artistique de l'ami THEO est comme un nectar de jouvence dans notre société, ou l'embouteillage des pensées engendre poussières et fumées.

    Sa vision créatrice prend sa source dans la profondeur des songes de l'enfance.

    L'homme, se révèle par sa nécessaire recherche de l'équilibre. Et pourtant force et tendresse nous illuminent par la magie du bronze sculpté.

    Le feu sacré de la pensée, la sensorialité tactile de l'outil des mains et la vibration des fibres du vécu s'unissent pour créer cette architecture.

    Point de tiers entre l'homme et son oeuvre, son imaginaire se réalise dans la maîtrise de la cire de l'abeille, la fusion du métal, la ciselure de l'or du bronze, et la transparence de la patine.

    Ces ensembles unifiés par THEO le travailleur deviennent nativités qui se matérialisent à nos regards dans le rêve éveillé du cri harmonique théosien.

Serge SANTUCCI